Québec, le mercredi 9 novembre 2022

Chers amis,
Chers frères et soeurs en Christ,


Je sors aujourd’hui d’un silence de quelques mois pour vous adresser un mot et répondre à vos légitimes interrogations. Comme vous le savez peut-être, je suis entré dans un temps d’arrêt et de discernement à partir du mois de juin dernier. Ayant connu une impasse importante dans ma vie personnelle, il me fallait prendre du recul et demander à une personne fiable de m’accompagner dans ce discernement. Si, vu de l’extérieur, mon ministère était fructueux, vu de l’intérieur, des questions demeuraient en suspens depuis longtemps.

Les circonstances m’ont forcé à aller revisiter le contexte dans lequel j’ai pris la décision de devenir prêtre. En 1995, alors que j’avais 21 ans, j’étais dans une communauté nouvelle en pleine effervescence dans l’Église et beaucoup de jeunes répondaient à l’appel de donner toute leur vie à Dieu dans la vie consacrée et le sacerdoce. Cependant, beaucoup de ces jeunes ont aujourd’hui quitté cet état de vie. En effet, cette communauté, telle qu’elle était à l’époque, n’avait pas ce qu’il fallait pour accompagner ses membres dans un vrai discernement vocationnel, selon l’esprit de la Règle de saint Benoît (no 58). Heureusement, les choses ont changé aujourd’hui. Mais à l’époque, nous avons été nombreux à embrasser la vie consacrée à la manière d’un jeune qui paie pour la première fois quelque chose de grand prix avec une carte de crédit. Imperceptible sur le moment, le coût se fait sentir dans la durée.

Je peux dire aujourd’hui sincèrement que j’ai tout fait pour demeurer prêtre. Or, la relecture de vie et l’accompagnement professionnel que j’ai vécus ces derniers mois m’ont amené à voir la vérité en face: il n’y a pas eu dans mon cas un véritable discernement vocationnel et, depuis lors, je traîne un défaut de liberté aux origines de ma vocation. Les qualités que j’avais pour devenir prêtre ont semblé suffisantes pour ceux qui devaient juger de mon appel. C’est donc dans un effet d’entraînement, mettant de côté ce que je voulais vraiment, que je me suis engagé sur le chemin du sacerdoce, sans mesurer le sérieux qu’implique embrasser le célibat pour le Royaume.

J’ai porté cette lacune des années durant, dans le silence de mon coeur, croyant qu’elle était due bien davantage à un manque de conversion de ma part qu’à un manque d’expérience des personnes qui m’accompagnaient. Après 20 ans de ministère, je réalise que j’ai été personnellement hypothéqué par cette défaillance sur le plan de la liberté. Aujourd’hui, il me faut poser un choix grave et difficile: soit je continue en « faisant semblant » que tout va bien, soit j’ose risquer une autre voie, celle que j’aperçois au fond de moi.

Je dois donc vous annoncer aujourd’hui, après avoir réfléchi et prié, après avoir vécu un accompagnement en communion avec mon évêque, après avoir examiné ma conscience devant Dieu, que je quitte le ministère sacerdotal pour continuer ma route comme laïc. J’ai longtemps redouté le jour où j’aurais à écrire ces mots. Cependant, je vois aujourd’hui l’intervention du Père dans l’alignement des impasses que j’ai connues en juin dernier et qui me permet maintenant d’en rendre compte par écrit.

Si mon état de vie change, ce que j’ai cru et ce que j’ai dit ne changent pas. Dans mes homélies et mes enseignements, j’ai connu une joie profonde à annoncer qu’en nul autre que Jésus Christ, « il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. » (Ac 4, 12). Je suis donc dans la gratitude pour tout ce que j’ai pu vivre comme prêtre. Je souhaite que personne n’en vienne à chercher des coupables pour ce qui m’arrive: il n’y en a pas. Moi-même, je n’en veux à personne: j’assume simplement la responsabilité de ce que je vis.

Afin d’assurer la transition, je ne serai plus actif comme je l’étais dans notre Église, et ce, pour un certain temps. Je ne pourrai répondre à tous les messages, c’est pourquoi j’ai écrit ce communiqué. Je vous saurais gré de faire lire ce communiqué à quiconque s’interroge à mon sujet: l’essentiel est là et l’emporte sur toutes rumeurs.

Je vous remercie infiniment pour vos prières à mon intention et me confie encore à votre prière pour la suite. Je souhaite de tout mon coeur que cette transition se fasse dans la douceur et la paix, même si elle demeure douloureuse. Je prie le Père que mon départ ne heurte la foi de personne, mais que sa grâce nous permette tous de rester solidement fondés dans la foi, sans nous détourner de l’espérance que nous avons reçue en écoutant l’Évangile proclamé à toute créature sous le ciel (Cf. Col. 1, 23).


Dominic LeRouzès
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